Ci-dessous un article paru dans le quotidien suisse Le Temps, alors que l'avenir de l'OMS et de son financement sont actuellement discutés lors de la 64ème Assemblée mondiale de la santé.
Nations unies mercredi 18 mai 2011
LOMS est-elle menacée de privatisation?
Par Stéphane Bussard
La directrice générale de linstitution, Margaret Chan, appelle à une réforme structurelle et financière drastique. Les ONG redoutent une marginalisation de lorganisation.
Bill Gates dans lantre de lOrganisation mondiale de la santé. Mardi, le milliardaire et cofondateur de Microsoft est venu sadresser à la soixantaine de ministres et aux 1800 délégués présents à la 64e Assemblée mondiale de lOMS qui se tient à Genève cette semaine. Il a exhorté les Etats à investir dans les vaccins pour «sauver 10?millions de vies» dici à 2020. Lintervention du philanthrope américain était dautant plus symbolique que lOMS, a expliqué sa directrice générale Margaret Chan, est sur le point «dentreprendre les plus larges réformes dans la gestion et les finances» de lhistoire de linstitution onusienne fondée voici soixante-trois ans.
Margaret Chan dresse un constat sans concession: «A la fin de cette décennie, trop dispersée et ayant pris trop dengagements, lOMS saperçoit quelle a besoin de se réformer. Les priorités ne sont pas définies de façon assez sélective ni stratégique.» De fait, linstitution onusienne applique déjà un budget daustérité. Pour Margaret Chan, une réforme structurelle simpose si lOMS entend faire face aux défis sanitaires du XXIe siècle, comme laugmentation des maladies chroniques et non transmissibles. La crise a ouvert «une nouvelle et éprouvante ère daustérité économique». Pour lexercice 2010-2011, le budget total de lOMS se chiffre à 4,5 milliards de dollars dont 1,56 milliard provient de 2000 contributions volontaires. Celles-ci proviennent pour 53% des Etats membres, 21% de lONU et dorganisations internationales, 18% de fondations, 7% dONG et 1% du secteur privé. Or ces contributions baissent de 10 à 15%. En 2011, lOMS affiche un déficit de 300 millions de dollars quelle promet de résorber dans les trois ans. Ces problèmes financiers ne sont pas sans conséquences. Trois cents postes sur les 2400 que compte le siège de lOMS à Genève seront supprimés. La perspective provoque déjà un vent de panique parmi le personnel. Les voyages, les publications ainsi que les recrutements seront limités, certains services vont devoir fusionner. Enfin, selon lAFP, le budget de 4,8 milliards de dollars de lOMS prévu pour 2012-2013 sera amputé dun milliard, soit près de 25%.
Responsable du programme Santé auprès de la Déclaration de Berne, une ONG, Patrick Durisch déplore le phénomène: «Les financements fixes calculés en fonction dun pourcentage par Etat membre sont à la baisse. 80% des fonds publics de lOMS proviennent de contributions volontaires. Cest un vrai problème. Ces contributions sont liées à des programmes spécifiques. Il est dès lors très difficile pour lOMS de fixer des priorités à long terme.»
Face à ces difficultés financières, le partenariat privé-public suscite un intérêt croissant à lOMS. Bill Gates en est lexemple le plus parlant. A lui seul, il représente presque 10% du budget de lorganisation. En 2008, le milliardaire était le deuxième plus grand contributeur volontaire après les Etats-Unis. Cette année-là, il a versé 338,8 millions de dollars à lOMS. Pour 2010-2011, son apport sélève à 220 millions.
La difficulté relève des garde-fous à introduire pour que lindustrie nexerce pas une influence démesurée sur la politique sanitaire de lOMS. Au cours des deux dernières années, la pandémie de grippe A (H1N1) avait suscité un tollé. Parmi les experts conseillant linstitution onusienne figuraient plusieurs personnes issues de lindustrie pharmaceutique. Même si lOMS avait institué une procédure visant à éviter les conflits dintérêts, beaucoup nourrissaient des doutes, dautant que linstitution spécialisée de lONU avait attendu la fin de la pandémie pour dévoiler le nom desdits experts. Autre exemple: dans un groupe de travail consultatif sur le financement de la recherche et du développement de lOMS siège Paul Herrling. Proposé par la Suisse et nommé par le Conseil exécutif de lOMS en janvier, ce directeur de recherche auprès de Novartis devra se prononcer sur un financement de 10 milliards de dollars dont il est lui-même à lorigine.
Les ONG ne cachent pas leur inquiétude par rapport à la réforme, même si elles ne sont pas opposées au partenariat privé-public. Le projet de Margaret Chan qui les préoccupe le plus, cest la volonté de créer un Forum mondial de la santé dès novembre 2012 qui inclurait tous les acteurs de la santé, privés et publics. «En créant ce Forum mondial de la santé, on met lindustrie et le secteur privé sur le même plan que les acteurs publics et les ONG. Cela risque daccroître sensiblement linfluence de lindustrie sur la politique sanitaire de lOMS», souligne Tido Von Schoen-Angerer, directeur de la campagne pour laccès aux médicaments auprès de Médecins sans frontières. Ce dernier juge nécessaire dinclure lindustrie, notamment pharmaceutique, dans les discussions de lOMS. Mais elle ne doit pas être partie prenante à la prise de décision. La crainte, cest que ce forum enlève les prérogatives de lAssemblée mondiale de la santé. «Plutôt que dinsérer la multitude dacteurs privés dans la gouvernance de lorganisation, il faut affirmer un fort leadership de lOMS et améliorer la participation du secteur privé dans le cadre actuel.» Conseiller politique auprès de lONG Oxfam, Rohit Malpani estime que le secteur privé a déjà une influence certaine sur lOMS, notamment Bill Gates. Les discussions ne font que commencer. Lenjeu est majeur. Il sagit de savoir si lOMS restera le vrai pilote de la politique sanitaire mondiale ou si elle se contentera dassurer la coordination.
OMS mercredi 18 mai 2011
Donateurs privés
Par S. Bu.
Liste de quelques contributeurs privés de lOrganisation mondiale de la santé
Quelques contributeurs privés pour lannée 2010
Bayer AG: 560 500 dollars
Bill and Melinda Gates Foundation: 219 787 513 dollars
Bloomberg Family Foundation: 15 400 000 dollars
Eli Lilly and Company Foundation: 1?096?000 dollars
GlaxoSmithKline: 523 844 dollars
Lions Clubs International Foundation: 4?930?810 dollars
Nippon Foundation: 1?634?280 dollars
Novartis: 500 000 dollars
Rotary International: 71?933?568 dollars
Sanofi-Aventis: 4 417 959 dollars
Syngenta Crop Protection AG: 395 023 dollars