[Il n'est pas inintéressant de se tenir informé des stratégies développées par les labos du nord et du sud dans le contexte actuel de la mondialisation,cette analyse de la situation est tout à fait intéressante.Bbonne lecture.CB]
Labos du Sud contre labos du Nord
Yves Mamou
LE MONDE | 03.01.07 | 13h51
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-851520,0.html
Le danger était latent. Il est devenu manifeste. Jean-François Dehecq,
président de Sanofi Aventis, troisième laboratoire pharmaceutique mondial,
s'est emporté mardi 2 janvier, dans les colonnes du Financial Times contre
les fabricants de médicaments génériques venus du tiers-monde. Porte-parole
autoproclamé de la pharmacie occidentale, M. Dehecq a fustigé ses homologues
qui en Inde, en Thaïlande, en Indonésie, paient "trois fois rien" leurs
ouvriers pour produire des médicaments réexportés en totalité vers l'Europe
et les Etats-Unis.
M. Dehecq a pris garde de ne désigner personne. Mais il s'est dit
"scandalisé" par le comportement de ces industriels qui ont bâti un empire
en copiant à bas prix des médicaments dont les brevets sont obsolètes. "Ils
fabriquent très bon marché et exportent vers le Nord à destination de
consommateurs qui peuvent payer", explique-t-il. "C'est un scandale. Ils
exploitent les populations du Sud, sans se préoccuper de leurs propres
pays."
Légitime ou non, ce cri de colère est avant tout un aveu de faiblesse. Les
grands laboratoires se sentent aujourd'hui abandonnés. Les gouvernements
qui, jusqu'à il y a peu, garantissaient les brevets et leur validité sur les
marchés les plus riches de la planète, ouvrent aujourd'hui les frontières.
Motif : la concurrence - même si elle vient d'Asie - permet de réduire les
dépenses de santé. Aux Etats-Unis, la loi donne un monopole de six mois au
fabricant de génériques qui annule le premier un brevet. Cet avantage a
transformé la compétition en curée. Plavix, premier médicament de Sanofi
Aventis, voit ses brevets contestés devant les tribunaux américains par Dr
Reddy, un fabriquant indien. Et ce, alors qu'il est en principe protégé
jusqu'en 2011.
Pire qu'abandonnés, les grands labos se sentent pris en tenaille. Ils savent
n'avoir aucun soutien à attendre des opinions publiques des pays riches.
Personne n'a oublié que, en avril 2001, 39 laboratoires américains et
européens s'étaient unis pour porter plainte contre le gouvernement
d'Afrique du Sud, qui souhaitait fabriquer des génériques de médicaments
brevetés contre le sida. Faute d'explication, cette démarche froidement
juridique avait été interprétée comme un manque élémentaire de charité. Il
s'agissait en réalité d'une prémonition. Les laboratoires savaient que leurs
homologues du tiers-monde seraient immanquablement fascinés par les marges
élevées du secteur. Tôt ou tard, ils auraient opéré ce tournant que M.
Dehecq dénonce : délaisser leurs marchés insolvables pour se tourner vers
ceux, plus attractifs, d'Europe et des Etats-Unis.
La réalité est là : le pactole va devoir être partagé entre un plus grand
nombre d'invités.
Yves Mamou
Article paru dans l'édition du 04.01.07