Le brevet du Tamiflu ne devrait pas rester un rock inaccessible
Date de création : 19 octobre 2005
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Paris, le mercredi 19 octobre 2005 - La tentation est si grande qu'elle en
devient presque un cliché. Aussi, bien que le rapprochement n'ait pas tardé
à se glisser dans nos esprits, nous ne ferons pas de parallèle entre la
promptitude avec laquelle les Etats-Unis se sont intéressés à l'épineuse
question du brevet du Tamiflu et les très longues négociations qui auront
été nécessaires pour que l'Organisation mondiale du commerce (OMC) aboutisse
à un accord qui ouvre enfin quelques espoirs au pays en voie de
développement de pouvoir bénéficier un jour de traitements essentiels à
moindre prix.
Puisqu'il n'est donc pas question de nous risquer à de telles
considérations, notre tour d'Europe de la grippe aviaire recommence ce matin
dans un sentiment toujours plus aigu d'inquiétudes. Le malaise des
dirigeants de l'Union européenne concerne ce mercredi 19 octobre l'impréparation
de plusieurs états membres. Markos Kyprianou, commissaire européen à la
Santé et à la Protection des consommateurs le reconnaissait hier, lorsqu'il
soufflait dans un euphémisme que l'Europe « n'a pas atteint le niveau de
préparation qu'elle devrait avoir ». Le mot est faible lorsqu'on observe
comme exemple la situation du Portugal. L'Organisation mondiale de la Santé
précise que les stocks d'antiviraux constitués par les différents pays
doivent leur permettre de traiter un quart de la population. Rui Nobre
Gonçalves, secrétaire d'Etat au développement rural indique pourtant que le
Portugal dispose seulement pour l'heure de réserves correspondant à 0,5 % de
la population.
Ces failles dans la constitution des stocks d'antiviraux (dont le Tamiflu)
ne sont pas seulement le fait de la négligence de certains responsables
politiques, mais sont également liées à l'incompressible temps de production
du médicament. Au siège du laboratoire Roche, à Bâle, on reconnaît : « Tout
gouvernement qui fait une demande doit aujourd'hui attendre 12 mois avant d'être
servi ». Pourtant, le temps presse. En marge de la réunion des ministres des
Affaires étrangères européens, la virologue Ilaria Capua, de l'Institut de
zooprophylaxie de Venise affirmait que l'arrivée de la grippe aviaire en
Italie n'était probablement qu'une question de jour.
Aussi, le laboratoire Roche a déjà multiplié les sites de production. Une
nouvelle usine devrait ainsi très prochainement commencer à fabriquer du
Tamiflu aux Etats-Unis. Mais surtout, pressé par de nombreux gouvernements,
Roche n'a pas tardé à indiquer qu'il pourrait céder des licences de
fabrication à certains pays. Si le sénateur américain Charles Schumer
(démocrate) a cru bon de lancer un ultimatum au groupe pharmaceutique suisse
en affirmant qu'une « solution législative » serait trouvée dans 30 jours si
Roche n'avait pas donné sa licence à cinq sociétés américaines, le
laboratoire préfère avancer avec prudence. Ses responsables précisent en
effet : « Nous devons nous assurer qu'une série de conditions seront
respectées ». Pour l'heure, seule la Thaïlande remplirait le cahier des
charges, mais d'autres candidats sont en liste, tel le Sénat américain mais
aussi l'ONU. La décision de Roche marque une avancée décisive dans la mise
en place d'une collaboration intelligente entre les intérêts publics et ceux
des firmes pharmaceutiques. Il est regrettable que pour des crises
sanitaires, concernant d'autres régions du monde, de tels accords n'aient pu
être aussi rapidement trouvés. © Copyright 2005 http://www.jim.fr
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