SCOOP GCI : "Les trafiquants de faux médicaments sont des tueurs », dit le
Pr. Marc Gentilini
Président honoraire de lAcadémie nationale de médecine, président honoraire
de la Croix-Rouge française, avec un long passé quil espère « positif » de
lutte contre les maladies infectieuses et tropicales, le Professeur Marc
Gentilini a mis à profit les 4ème Journées Médicales Guinée-Rhône-Alpes,
pour signer avec le président de la République, le Pr. Alpha Condé, lappel
de Cotonou. Il en parle au micro de GuineeConakry.info... 14:54 6-6-2011
http://www.guineeconakry.info/index.php?id=118&tx_ttnews[tt_news]=9671&cHash
=90814acd2482a7d79dfd3bcd2b08b765
GCI : Vous venez de signer avec le président de la République lappel de
Cotonou, pouvez-vous nous dire en quoi consiste cet appel ?
Pr. Marc Gentilini : Lappel de Cotonou qui a été lancé par Jacques Chirac
et par un certain nombre de chefs dEtat en exercice, le 12 octobre 2009,
avait pour objectif de mobiliser les politiques, les décideurs,
contre le
trafic des faux médicaments et contre bien sûr les trafiquants qui sont des
tueurs. Cest ce qui a été fait après que les professionnels de santé aient
déjà sensibilisé leurs gouvernements respectifs sur la gravité du problème.
Donc, il y a une prise de position des professionnels de santé, en
particulier en 2006 à Beyrouth-lappel de Beyrouth- par les pharmaciens
internationaux. Il y a eu ensuite cet appel de Cotonou pour quil y ait un
plaidoyer politique-cest le mot quon retient- contre ces trafiquants.
Donc, depuis, nous avons recueilli plus de quarante signatures de chefs
dEtat. Tous les chefs dEtat de la région dAfrique et tous ceux du Maghreb
ont signé cet appel.
Alors que va-t-on faire maintenant ?
Eh bien, il faut que les organisations internationales qui sont elles aussi
mobilisées déploient des efforts pour quil y ait des textes juridiques qui
puissent permettre de saisir les trafiquants et lobjet du trafic. Ça cest
un travail de juristes à établir. Ce qui est en cours au niveau de Bruxelles
et au niveau de Strasbourg. Il y a dautre part, une mobilisation des
professionnels de santé qui est accrue et qui rappelle régulièrement à
chaque chef dEtat signataire de lappel de Cotonou, son engagement. Pour
lui dire "mais ce nest pas seulement bien de signer, il faut quune
signature soit suivie deffet". Enfin, il y a un point très important, cest
la sensibilisation de lopinion publique. Il faut absolument que lopinion
publique soit prévenue des effets néfastes des médicaments nés du trafic.
Parce que des médicaments sous-dosés ou des médicaments surdosés et des
médicaments comportements des impuretés qui entrainent des accidents graves
et qui entrainent la mort même, doivent être éliminés de la circulation.
Donc, cest un vaste débat. Et il faut que les responsables politiques
comprennent bien que cest un problème de santé publique et quil y va de
leur crédibilité aussi de lutter contre ce trafic.
GCI : La signature de lappel de Cotonou était présenté comme un moment
important des 4èmes Journées Médicales, maintenant que cest fait, quest-ce
qui va concrètement changer dans la problématique des faux médicaments en
Guinée ?
Pr. Marc Gentilini : Ce nest pas moi qui vais faire le travail. Ce sont les
Guinéens qui vont juger sil intéressant de suivre ou pas. Ce qui est sûr
cest que le président de la République a signé lappel de Cotonou qui ne
lui avait pas encore été présenté pour des raisons que vous devinez. Mais il
avait rencontré Jacques Chirac à Paris, au mois de février, je crois, et il
avait été question de sa signature. Donc, jai été chargé dapporter à
nouveau ce texte et de le soumettre à sa signature, ce quil a fait. A
partir de maintenant, il y a toute une procédure qui va senclencher à
partir des laboratoires de contrôle de qualité des médicaments. Car il faut
quil y ait dans chaque nation, un laboratoire de contrôle de la qualité des
médicaments qui sont reçus. Sinon, on ne peut pas décider quun médicament
est bon ou mauvais. Donc, cest ce quon sefforce de remettre en place car
le laboratoire de Conakry ne fonctionne pas bien et jai appelé lattention
du chef de lEtat sur la nécessité de lever les difficultés quon pouvait
rencontrer dans le fonctionnement et daider à la mise en place de suivi du
travail de ce laboratoire. Ce à quoi il sest engagé à faire avec le
ministre de la santé.
GCI : Et ça vous donne un certain espoir
Pr. Marc Gentilini : Oui, vous savez, je crois quil faut vivre despoir.
Sinon, je crois quil est tout à fait probable quil y aura une attitude
très constructive au niveau de la Guinée qui est très marquée par ce
problème. Si vous vous promenez dans les marchés, vous voyez bien le nombre
de médicaments non contrôlés quon vend et qui sont accompagnés de conseils
tout à faits gratuits à un certain nombre de malades.
GCI : Plus globalement, que pensez-vous des quatrièmes journées médicales ?
Pr. Marc Gentilini : Cest une manifestation intellectuelle, scientifique et
médicale qui vient à point dans le renouveau guinéen. Ce nest pas une
nouveauté puisque cest la quatrième édition. Mais il y a plusieurs années
que ça navait pas eu lieu dune part. Cest une reprise et ça navait
jamais atteint cette dimension-là. Donc, cest la raison pour laquelle nous
nous réjouissons tous quil y ait une manifestation aussi importante à
Conakry maintenant.
Propos recueillis par Boubacar Sanso Barry pour GuineeConakry.info