[e-med] L'importance des études post AMM

Le rapport bénéfice/risque des médicaments
De l'importance des études post-AMM
Le quotidien du médecin, 29 avril 2005, Henri de Saint Roman

Réunis à l'Assemblée nationale lors d'un colloque sur le médicament, des responsables du secteur de la santé ont mis l'accent sur l'importance des études post-AMM dans l'évaluation des médicaments.
L'assemblée nationale, qui a organisé cette semaine un colloque sur le thème des " médicaments, de la recherche à l'évaluation ", a profité de l'occasion pour revenir sur le problème de la sécurité sanitaire. Une occasion saisie par Jean-Michel Dubernard, député UMP du Rhône et président de la commission des Affaires sociales de l'Assemblée, pour rappeler que, depuis le retrait du marché d'un certain nombre de médicaments l'automne dernier, " les suspicions s'accroissent sur le système actuel d'évaluation des médicaments ".
D'où l'urgence de faire le point sur le médicament, et de rappeler que, en France, " nous n'avons pas à rougir de la qualité de notre processus d'évaluation ", comme l'a affirmé Jean Marimbert, directeur général de l'Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé). Pour lui, les études pré-AMM (autorisation de mise sur le marché) sont déjà très encadrées, avec une évaluation clinique suivie d'une évaluation de la qualité pharmaceutique, effectuées par des experts internes et externes, des formations collégiales et des groupes de travail spécialisés. Mais la question centrale, pour ce qui est de ces essais cliniques, est de savoir " où placer le curseur bénéfice risque ". Pour le directeur général de l'Afssaps, cela dépend de la pathologie à traiter. Si la maladie est mortelle, " on aura tendance à placer le curseur vers un niveau de risque plus élevé, mais cela évolue tout le temps : pour le sida, par exemple, on fait beaucoup plus attention qu'auparavant à la tolérance du produit, car le sida devient chez nous une maladie chronique ".
De son côté, Murray Lumpkin, directeur général adjoint de la Food and Drug Administration, l'équivalent américain de notre Afssaps, a rappelé que, aux Etats-Unis, 80 % des médicaments en cours d'essais cliniques de phase III n'obtiennent jamais d'AMM.
La vie du médicament commence par l'AMM.
Mais les participants au colloque ont tenu à insister également sur le fait que les études post-AMM prenaient de plus en plus d'importance dans le processus. " La vraie vie du médicament, assura Jacques Domergue, président du Conseil national de la chirurgie (CNC), commence après l'autorisation de mise sur le marché. " Et de fait, les études post-AMM se multiplient. Selon le Pr Lucien Abenhaïm, ancien directeur général de la Santé, elles sont justifiées par le fait que, dans les essais cliniques, " il n'y a pas de personnes âgées, d'enfants, de femmes enceintes, de problèmes de coprescription, de mauvaise indication ; on ne dispose pas non plus de populations suffisamment importantes ni de données à long terme sur le médicament, et il n'y a pas non plus de problèmes de mauvaise observance ".
Autant de bonnes raisons pour effectuer des études post-AMM, dont quinze sont actuellement en cours de réalisation en France. " Ces études ont lieu, non pas parce que les agences nationales ou européenne feraient mal leur travail, mais parce que les faits observés lors des essais cliniques sont différents de ce que l'on observe dans la pratique ", ajoute le Pr Abenhaïm. Ce que ne dément pas le directeur général adjoint de la Food and Drug Administration : " Aux Etats-Unis, 3 % des médicaments disposant d'une AMM sont retirés du marché sur la base d'informations post-AMM, parce que, lors des essais cliniques, on ne détecte pas les risques qui n'ont qu'une chance sur dix mille de survenir. "
Frédéric van Roekeghem, directeur de l'Uncam (Union nationale des caisses d'assurance-maladie), a indiqué en fin de débat que " l'assurance-maladie est prête à s'engager dans l'évaluation post-AMM en livrant les informations qu'elle détient, dans le respect de l'éthique ". Un peu comme elle l'avait fait en 2003 en diffusant ses bases de données dans le cadre d'une étude post-AMM sur les Cox-2.