[e-med] Nigéria : La lutte contre la contrefaçon de médicaments paye

Nigéria : La lutte contre la contrefaçon de médicaments paye
Le gouvernement
http://fr.allafrica.com/stories/200509060067.html

UN Integrated Regional Information Networks
5 Septembre 2005
Publié sur le web le 6 Septembre 2005
Lagos

LAGOS, le 5 septembre (IRIN) - La proportion de faux médicaments, souvent
mortels, circulant au Nigeria a baissé, passant de près 70 pour cent en 2002
à moins de 10 pour cent trois ans plus tard, selon l'agence nationale de
contrôle des médicaments.

Ces chiffres sont les résultats préliminaires d'une nouvelle enquête du
gouvernement sur le commerce des médicaments contrefaits, a confié à Mme
Dora Akunyili, directrice de l'Agence nationale pour le contrôle des
aliments et des médicaments (NAFDAC).

Dans ce pays d'environ 126 millions d'habitants, le plus peuplé d'Afrique,
un nombre incalculable de produits présentés dans de beaux emballages sont
contrefaits. Et les médicaments ne font pas exception à la règle.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que le commerce des
médicaments contrefaits et des médicaments de qualité inférieure rapporte
annuellement des centaines des millions de dollars au Nigeria, et environ 32
milliards de dollars américains à l'échelle mondiale.

Chaque année, on enregistre une baisse du nombre de faux médicaments vendus
dans la rue, selon l'enquête que la NAFDAC a effectuée en août, avec le
concours financier de l'OMS et du Département de développement international
du gouvernement du Royaume Uni (DFID).

Selon les autorités nigérianes, cette baisse s'explique par les mesures
draconiennes prises à l'encontre des distributeurs et des commerçants.

Au cours de ces quatre dernières quatre années, le NAFDAC a condamné 38
distributeurs et détruit des produits contrefaits dont la vente aurait
rapporté environ 60 millions de dollars américains aux commerçants illégaux,
a rapporté Mme Akunyili.

On enregistre également une baisse de la mortalité liée à la prise de
médicaments contrefaits.
« Les comptes rendus qui nous parviennent des hôpitaux révèlent que le
nombre de décès liés aux médicaments contrefaits a chuté considérablement »,
a dit Mme Akunyili.

Le DFID et l'OMS ont refusé de commenter les conclusions du rapport
préliminaire.

« Les résultats sont très encourageants mais il est très important que le
NAFDAC continue son travail de qualité", a dit à IRIN un porte parole du
DFID, qui a préféré parlé sous le couvert de l'anonymat lors d'une
conversation téléphonique depuis Londres.

L'une des conséquences les plus encourageantes pour le pays, selon Mme
Akunyili, est la création de plus en plus de sociétés pharmaceutiques
légales.
Lorsque le marché regorge de médicaments contrefaits, aucune industrie
pharmaceutique légale ne peut espérer fonctionner, a dit Mme Akunyili.
« Comment pouvez concurrencer une entreprise qui passe son temps à mettre de
la craie dans des capsules » ? Mais, a t-elle ajouté, « la confiance des
investisseurs dans l'industrie pharmaceutique est en train de revenir, avec
20 nouveaux sites de production ouverts au Nigeria durant ces quatre
dernières années », a-t-elle dit.
La bataille n'est pas encore gagnée. Les trafiquants n'abandonnent pas
facilement et cherchent de nouvelles manières de faire entrer
clandestinement leur fausse marchandise.

L'année dernière, les autorités ont intercepté au port de Lagos 32
conteneurs de faux médicaments cachés dans des pièces détachées de voitures
et des chemises importées bourrées d'analgésiques.

Le Nigeria essaye d'enrayer davantage le flot des médicaments de contrefaçon
grâce à de nouveaux contrôles à l'importation. Ainsi, tous les documents
liés à l'importation de médicaments doivent maintenant être soumis à la
NAFDAC.

La NAFDAC a décidé le mois dernier que tous les antibiotiques ainsi que les
médicaments psychotropes et solutions injectables seraient désormais
disponibles uniquement sur prescription.

Les experts de la santé ont suggéré que pour éradiquer les faux médicaments,
il fallait avant tout cibler toutes les échoppes de marché et les vendeurs.
On retrouve des vendeurs qui ont souvent recours à des trafiquants illégaux
dans tous les marchés, et ils sont même plus nombreux que les pharmacies
légales, affirment les experts médicaux.
« La solution est de fermer tous les marchés de médicaments », a dit Wole
Atoyebi, le président de l'Association médicale nigériane, considérant ces
sites comme quelque chose d'« anormale ».

Mme Akunyili du NAFDAC partage cet avis, mais souligne que l'absence d'un
réseau réel de distribution des médicaments au Nigeria reste un obstacle
majeur.
« Presque tous les fabricants de médicaments et les importateurs
approvisionnent ces marchés de médicaments", a t-elle dit. « Nous ne pouvons
fermer ces marchés maintenant, même si nous le voulions".

Le NAFDAC envisage de créer de beaucoup plus de centres de distribution de
médicaments contrôlés par des professionnels de la santé, espérant ainsi
étouffer graduellement le marché illégal.

Mme Akunyili connaît très bien les dangers encourus par ceux qui essayent de
détruire un marché aussi lucratif. En 2003, après un certain nombre de
menaces de mort, des hommes armés ont tiré sur elle. La balle a effleuré son
crâne.
Mais ce professeur de pharmacie est plus qu'une experte détachée. Elle
n'abandonnera pas son travail, même au risque de sa vie. Elle a expliqué que
les faux médicaments ont tué sa soeur.