(Article intéressant, qu'en pense les e-médiens ?CB)
Polémique sur un rôle présumé du FMI dans la survenue de lépidémie
dEbola en Afrique de lOuest
http://www.lequotidiendumedecin.fr/actualite/international/polemique-sur-un-role-presume-du-fmi-dans-la-survenue-de-l-epidemie-d-ebola-?ku=x5DAxvBx-xxvx-C77y-B57C-9wwyy6BzB99B
Une vive polémique agite les milieux universitaires anglo-saxons depuis
quelques semaines : y a-t-il un lien entre les politiques budgétaires
restrictives menées en Afrique depuis les années 1980 et le déclenchement
de lépidémie dEbola ? Plus précisément, le Fonds Monétaire International
(FMI), en imposant des coupes drastiques en échange de ses prêts, a-t-il
affaibli les systèmes de santé des pays touchés au point de les rendre
incapables de réagir correctement ?
Le débat a été lancé le 22 décembre 2014 par un article publié dans le «
Lancet » http://www.thelancet.com/pdfs/journals/langlo/PIIS2214-109X(14)70377-8.pdf
qui soutenait la thèse de la responsabilité de linstitution
basée à Washington. Alexander Kentikelenis, Lawrence King, Martin McKee et
David Stuckler, chercheurs basés dans des universités anglaises
prestigieuses comme Oxford, Cambridge et la London School of Hygiene and
Tropical Medicine, y soulignaient les effets délétères des politiques
exigées par le FMI : diminution des dépenses publiques qui se traduisait
directement en termes de ressources humaines, limitation des salaires qui
démotivait le personnel, décentralisation des services de santé qui
empêchait denvisager une réponse forte et coordonnée en cas dépidémie...
Réfutations
La réponse du FMI na pas tardé. Le 5 janvier, le directeur adjoint de
linstitution chargé des affaires fiscales, Sanjeev Gupta, répliquait dans
les colonnes du « Lancet » http://www.thelancet.com/pdfs/journals/langlo/PIIS2214-109X(14)70345-6.pdf. Daprès ce haut fonctionnaire international,
les assertions des chercheurs anglais sont tout simplement fausses : les
dépenses de santé sont daprès lui en augmentation depuis des années dans
les trois pays frappés par Ebola, et linstitution à laquelle il
appartient a contribué à ce résultat en finançant les secteurs
prioritaires.
Mais dès le 30 décembre, le débat sétait étendu à la presse grand public.
Dans un billet publié sur le blog Monkey Cage du Washington Post,
http://www.washingtonpost.com/blogs/monkey-cage/wp/2014/12/30/did-the-international-monetary-fund-help-make-the-ebola-crisis/
le Pr Chris Blattman, qui enseigne les sciences politiques à luniversité de
Columbia, tirait une salve dune rare violence contre la thèse dune
responsabilité du FMI dans le déclenchement dEbola. Daprès lui,
lanalyse publiée dans le « Lancet » « na tout simplement aucun sens pour
ceux qui connaissent les gouvernements de ces pays ». Luniversitaire
américain y voit « plus dopinion que de preuve », et accuse les auteurs «
de faire de la recherche à distance et dignorer la politique ».
Daprès le Pr Blattman, ce nest pas le FMI, mais les États qui ont décidé
dallouer des ressources insuffisantes au secteur de la santé. Le débat
sest alors emballé : les auteurs de létude du « Lancet » ont répondu au
Pr Blattman dans les colonnes du Washington Post,http://www.washingtonpost.com/blogs/monkey-cage/wp/2015/01/06/the-imfs-influence-on-poor-countries-health-systems-and-ebola-explained/ et des économistes ont
donné leur avis sur leur blogs personnels, que ce soit pour défendre le
FMI http://www.rovingbandit.com/2015/01/the-imf-and-ebola.html ou pour prendre une position plus mesurée http://mortenjerven.com/imf-and-ebola-why-we-dont-have-any-good-answers/ .
Pour linstant, le monde francophone est resté relativement à lécart de
cette polémique. Pour combien de temps ?
Adrien Renaud