[e-med] Tuberculose: le défi croissant posé par les bacilles multirésistants

Tuberculose: le défi croissant posé par les bacilles multirésistants
2006-10-10 17:39:43
PARIS (AFP)

Alors que la tuberculose tue 5.000 personnes chaque jour dans le monde,
l'augmentation des cas de formes résistantes à plusieurs antibiotiques, qui
s'explique par des traitements inadéquats ou mal suivis, pose un nouveau
défi.

Environ 450.000 nouveaux cas annuels de tuberculose à bacilles
"multirésistants", c'est-à-dire résistants à l'action antibactérienne d'au
moins deux antibiotiques, seraient enregistrés chaque année dans le monde,
selon l'Organisation mondiale de la Santé, qui tente depuis plusieurs mois
de mobiliser la communauté internationale.

Un appel pour une action "urgente" et "rapide" face à la multiplication des
cas de tuberculoses résistantes a été lancé début septembre lors d'une
conférence internationale à Johannesbourg.

L'OMS, la Croix rouge et une vingtaine d'autres agences et organisations non
gouvernementales (0NG) ont annoncé mardi la création d'une alliance afin
d'améliorer la lutte et d'inciter les gouvernements de l'Union européenne à
réagir, alors que les cas de tuberculose multirésistante se multiplient dans
les pays d'Europe orientale et d'Asie centrale.

"La résistance aux médicaments à laquelle nous sommes aujourd'hui confrontés
constitue sans doute le défi le plus grave en matière de tuberculose en
Europe depuis la Seconde guerre mondiale", a déclaré Markku Niskala,
Secrétaire général de la Fédération internationale de la Croix Rouge et du
Croissant Rouge.

"C'est pourquoi nous engageons instamment les dirigeants européens à réagir
énergiquement sans le moindre délai, faute de quoi la crise risque
d'échapper à notre contrôle", a-t-il averti dans un communiqué.

Outre les bacilles résistants à l'isoniazide et à la rifampicine, les deux
principaux antituberculeux utilisés en traitements de "première ligne",
l'OMS recense avec inquiétude des cas d'ultrarésistance, lorsque trois des
six médicaments dits de "seconde ligne" s'avèrent à leur tour inefficaces
contre le bacille.

Prescriptions incorrectes, mauvaise qualité des antibiotiques ou ruptures de
stocks dans certains pays, interruption du traitement par les patients sont
à l'origine de l'apparition de cas de résistances.

Pour guérir la tuberculose, un malade n'ayant jamais pris d'antituberculeux
doit être traité pendant une période minimale de six mois, explique Brigitte
Vasset, médecin en charge de la tuberculose à Médecins sans frontières
(MSF).

"Cela reste encore extrêmement compliqué pour un malade de se faire traiter
contre la tuberculose", il "peut manquer de sous pour acheter les
médicaments", devoir marcher, prendre le bus, trouver un dispensaire ouvert,
pour se les procurer, ajoute-t-elle, refusant qu'on rejette "la faute sur le
dos du patient".

Mais interrompre trop tôt le traitement ou le suivre en pointillé, c'est
permettre aux bacilles qui ont survécu aux premiers assauts des
antibiotiques de se multiplier et de créer des colonies de bacilles aptes à
contourner les armes que les médicaments dirigeaient contre eux. Le malade
peut ensuite transmettre à son entourage ces bacilles résistants à un ou
plusieurs antituberculeux.

Le sida, qui affaiblit le système immunitaire, "peut potentiellement
transformer la tuberculose ultrarésistante en une épidémie incontrôlable", a
mis en garde un expert sud-africain le mois dernier à Johannesbourg.

Identifiés dans toutes les régions du monde, les cas de bacilles tuberculeux
ultrarésistants sont plus fréquents dans les pays de l'ex-Union soviétique
et en Asie, selon une étude portant sur les années 2000-2004 réalisée par
l'OMS et les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC)
américains.

En Lettonie, 19% des cas de tuberculose multirésistante sont également
ultrarésistants, alors qu'aux Etats-Unis la proportion est de 4%, selon
cette étude.