Paludisme : trois avancées pour riposter

Focus - Paludisme : trois avancées pour riposter
Pr Dominique Baudon

02 juin 2026

Traitement pour les nouveau-nés, nouveaux tests de diagnostic rapide,
vaccins ARNm : trois avancées redonnent des armes à la lutte contre le
paludisme, alors que les cas repartent à la hausse.

Selon le rapport mondial sur le paludisme 2025, des progrès
substantiels ont été réalisés, avec environ 2,3 milliards d'infections
évitées et 14 millions de vies sauvées dans le monde depuis 2000.
Ainsi, à compter de janvier 2025, 45 pays et 1 territoire ont été
certifiés exempts de paludisme et 37 pays ont signalé moins de 1000
cas. Actuellement, 25 pays déploient des vaccins contre le paludisme,
protégeant des millions d'enfants, ainsi que des moustiquaires de
nouvelle génération qui représentent 84 % des nouvelles moustiquaires
distribuées. Cependant, ces progrès sont menacés par la résistance du
plasmodium aux médicaments, par la résistance des anophèles aux
insecticides, l'échec des tests de diagnostic rapide et des réductions
drastiques de l'aide internationale au développement. Les cas de
paludisme ont récemment augmenté ; selon les estimations les plus
récentesde l'OMS, 282 millions de cas sont survenus en 2024, soit 9
millions de plus que l'année précédente (1).

Heureusement, trois nouvelles avancées dans la lutte contre le
paludisme fournissent des outils supplémentaires particulièrement
utiles pour les zones d’endémie palustre en Afrique qui supporte près
de 90 % du fardeau paludéen.

L'OMS préqualifie le tout premier traitement du paludisme pour les nouveau-nés

L'OMS et ses partenaires lancent la campagne de la Journée mondiale du
paludisme 2026, « Driven to End Malaria : Now We Can — Now We Must »
(« Déterminés à en finir avec le paludisme : maintenant, nous pouvons.
Maintenant, nous devons. »). À l'occasion de cette Journée, célébrée
chaque année le 25 avril, l'OMS a annoncé une avancée significative :
la préqualification du premier traitement antipaludique développé
spécifiquement pour les nouveau-nés et les jeunes nourrissons pesant
entre deux et cinq kilogrammes (2). La préqualification signifie que
le médicament répond aux normes internationales de qualité, de
sécurité et d'efficacité, et qu'il pourra désormais être déployé à
grande échelle pour l'un des groupes de patients les plus mal
desservis. Il s'agit de l'artéméther-luméfantrine, première et seule
formulation antipaludique conçue pour ce groupe d'âge. Jusqu'à
présent, les nourrissons étaient traités avec des formulations
destinées aux enfants plus âgés, ce qui augmentait le risque de
sous-dosage, de surdosage, d'effets secondaires et de toxicité. Cette
préqualification permettra de combler un déficit thérapeutique de
longue date pour quelque 30 millions de bébés nés chaque année dans
les zones d'endémie palustre en Afrique (2, 3).

Trois nouveaux tests de diagnostic rapide préqualifiés par l’OMS

Le 14 avril 2026, l'OMS a également préqualifié trois nouveaux tests
de diagnostic rapide (TDR) (3, 4). Les TDR les plus utilisés
actuellement pour le diagnostic du paludisme à Plasmodium falciparum,
« l'espèce qui tue », reposent sur la détection de la protéine HRP2
(TDR-HRP2). Or, des enquêtes conduites dans 46 pays ont montré que
certaines souches de P. falciparum ont perdu le gène pfhrp2
responsable de la synthèse de cette protéine, les rendant
indétectables par les TDR-HRP2 et entraînant des résultats faussement
négatifs. Les conséquences peuvent être graves : dans les pays de la
Corne de l'Afrique, jusqu'à 80 % des cas de paludisme auraient ainsi
échappé au diagnostic, avec des retards de traitement et des décès à
la clé. Les trois nouveaux TDR ciblent une protéine parasitaire
différente, la pLDH (Plasmodium lactate déshydrogénase), dont le
parasite ne peut pas s'affranchir aussi facilement. Il s'agit des
tests Biocredit Malaria Ag Pf/Pv pLDH, Biocredit Malaria Ag Pf
pLDH/HRP2 et Biocredit Malaria Ag Pf pLDH. Ces TDR constituent une
alternative fiable et de qualité assurée lorsque les TDR-HRP2 sont mis
en échec par les délétions géniques. L'OMS recommande leur utilisation
dans les pays où plus de 5 % des cas échappent au diagnostic en raison
de ces délétions du gène pfhrp2.

L’ARN messager au service de la lutte contre le paludisme

Les vaccins actuellement disponibles contre Plasmodium falciparum
offrent une protection partielle et de courte durée. Quant à
Plasmodium vivax, aucun vaccin n'existe à ce jour. Le besoin de
vaccins plus efficaces, durables et capables de cibler plusieurs
formes du parasite est donc immense. Dans ce contexte, l'Institut
Pasteur (unité de Biologie de Plasmodium et vaccins), en association
avec plusieurs plateformes technologiques de l'Institut, et en
collaboration avec Moderna et l'Agence nationale de la recherche
(ANR), a lancé le projet mRNAMalVac. Ce programme ambitieux vise à
développer des vaccins de nouvelle génération contre le paludisme
grâce à la technologie de l'ARN messager (ARNm), qui permet de
combiner plusieurs cibles antigéniques dans un même vaccin, accélère
le développement et ouvre la voie à des stratégies vaccinales
innovantes (5). Le projet cible simultanément Plasmodium falciparum et
Plasmodium vivax, en s'attaquant à plusieurs stades du cycle de vie
complexe du parasite. Cette approche multi-antigénique vise à induire
une réponse immunitaire plus large et plus robuste.

Les premières études précliniques sont encourageantes : les vaccins
ARNm testés induisent une bonne réponse immunitaire et montrent des
résultats prometteurs dans des modèles expérimentaux. L'objectif est
désormais d'identifier les combinaisons vaccinales les plus efficaces
et de préparer les étapes nécessaires à un futur développement
clinique. Moderna met à disposition sa technologie pour l'évaluation
préclinique des candidats-vaccins. Financé par l'ANR, ce projet
illustre comment les technologies vaccinales de pointe peuvent être
mises au service d'un enjeu de santé publique majeur pour les
populations les plus vulnérables.

Références

Références

(1) WHO- World malaria report-2025.

(2) OMS, communiqué de presse. 24 avril 2026.
WHO prequalifies first-ever malaria treatment for newborns and infants, adds new diagnostic tests.

(3) Anderer S. WHO Announces First Malaria Drug for Infants and New
Rapid Diagnostic Tests. JAMA. Published online May 15, 2026.
doi:10.1001/jama.2026.6178

(4) A significant milestone in the fight against malaria NEWS 14
April, 2026. WHO Prequalification has listed three malaria rapid
diagnostic tests. World Malaria Day 2026

(5) L’INSTITUT PASTEUR ACCÉLÈRE AVEC DE NOUVEAUX VACCINS EN
DÉVELOPPEMENT. L’ARN messager au service de la lutte contre le
paludisme. L’Institut Pasteur accélère avec de nouveaux vaccins en développement | Pour chaque vie, la science agit