Sur Internet, les faux sites de vente de médicaments se multiplient
Par Pascal MARIE - Publié le 08/08/2025
Sur Internet, les faux sites de vente en ligne de médicaments
prolifèrent. La France est même particulièrement ciblée selon le
récent rapport d’un groupe de cybersécurité. Un phénomène qui est
notamment favorisé par les ruptures et qui doit mettre en garde sur
les risques d’une simplification de la vente en ligne de médicaments.
C’est un fléau contre lequel il est bien difficile de lutter. Sur
Internet, une simple recherche à partir d'une molécule fait apparaître
des dizaines de sites usurpant l'identité de pharmacies et vendant des
médicaments soumis à ordonnance. Certains de ces sites sont même
promus par mails, par des publicités sur les réseaux sociaux ou par de
faux blogs santé. Ozempic, quétiapine, médicaments contre la
dysfonction érectile sont particulièrement mis en avant. « On reçoit
très régulièrement des signalements de sites qui vendent des produits
illégalement. On fait des dépôts de plainte, mais c’est très difficile
à suivre, ils ferment et réapparaissent aussitôt ailleurs », déplore
Carine Wolf-Thal, présidente du Conseil national de l’Ordre des
pharmaciens (CNOP).
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Selon le dernier rapport du groupe de cybersécurité Gen, la France
serait même « le pays le plus ciblé » par ces faux sites de
pharmacies, appelés « PharmaFraud ». Preuve de l’ampleur du phénomène,
des chercheurs ont identifié un réseau de « plus de 5 000 faux sites
commercialisant des traitements » et plus de « 151 000 attaques
PharmaFraud ont été bloquées » par la société de cybersécurité Avast
depuis janvier en France. La plateforme « Cybermalveillance.gouv.fr »
a également identifié « un nombre notable d'enregistrements de noms de
domaines suspects avec le terme “pharmacie” », depuis 2024. Chiffre
plus impressionnant encore : 96 % des pharmacies en ligne seraient
illégales selon l’Institut de recherche anti-contrefaçon de
médicaments. Si certains faux sites se contentent de voler les données
personnelles, médicales ou bancaires des acheteurs, d'autres délivrent
réellement des médicaments contrefaits ou non régulés, avec des
risques sanitaires particulièrement importants. En tout, la moitié des
médicaments vendus sur Internet dans le monde seraient falsifiés,
alerte l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Si notre pays est particulièrement touché, c’est notamment à cause «
des difficultés occasionnelles d'approvisionnement en médicaments »,
explique Michal Salàt, directeur des recherches sur les menaces
d'Avast. Un problème particulièrement visible sur les psychotropes ces
derniers mois. Certains médicaments comme l’anti-diabétique Ozempic,
très populaire mais dont les règles de prescription sont restreintes,
sont aussi particulièrement recherchés par des patients qui souhaitent
s’en procurer sans passer par un médecin. « Certaines personnes sont
tellement angoissées à l'idée de ne pas avoir leurs médicaments
qu'elles essayent de trouver toutes les solutions possibles, quitte à
adopter des comportements qui paraissent complètement aberrants »,
souligne Pierre-Olivier Variot, président de l’Union des syndicats de
pharmaciens d’officine (USPO).
Si le portail « Ma pharmacie en France », pensé par la profession et
notamment les représentants des groupements, sera opérationnel en
octobre, l’essor de ces faux sites de vente de médicaments doit
éveiller les consciences selon Pierre-Olivier Variot. Ceci, alors que
la volonté du gouvernement actuel de libéraliser la vente de
médicaments sur Internet est un secret de polichinelle. « Il faut
rester sur une ligne dure » sur ce sujet, plaide le président de
l’USPO. « “Ma Pharmacie en France” n’est pas une marketplace qui
servira à chercher un médicament et voir où se le procurer. Ce portail
permettra de pousser virtuellement la porte de sa pharmacie et faire
une demande comme si vous y étiez physiquement », explique-t-il. Même
prudence du côté Carine Wolf-Thal et de l’Ordre des pharmaciens qui, à
la lumière de ces éléments, s’interrogent sur « l'utilité » du
commerce électronique quand le maillage d'officines permet d'obtenir «
un médicament rapidement avec les conseils d'un pharmacien ».
Avec l’AFP