[e-med] de la circulation mondiale des m�dicaments...

E-MED: de la circulation mondiale des m�dicaments...
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La circulation mondiale des m�dicaments d�stabilise les laboratoires
LE MONDE | 07.01.04 | 13h23

De fa�on l�gale ou ill�gale, les mol�cules s'�changent de plus en plus entre
les pays, tant au nord qu'au sud de la plan�te. Cette pratique, qui
s'explique en partie par l'importance de la contrefa�on, bouscule les
politiques fiscales et sanitaires nationales.

Quelle n'a pas �t� la surprise de Marie Olmstead, habitante de Seattle (Etat
de Washington), de recevoir d�but d�cembre 2003, une lettre de la Food and
Drug administration (FDA), l'autorit� de contr�le des m�dicaments et des
produits alimentaires, lui annon�ant que les m�dicaments qu'elle avait
command�s par Internet au Canada avaient �t� confisqu�s.

S'indignant aupr�s de la FDA, cette quinquag�naire a alors appris que cette
r�tention �tait le r�sultat d'une op�ration men�e par les douanes, la police
et l'autorit� de contr�le pour tenter de mesurer la circulation ill�gale de
m�dicaments aux Etats-Unis. Mme Olmstead a d�couvert ce jour-l� que sa
commande �tait illicite.

La saisie par la FDA et les douanes de 1 153 colis postaux entre fin
juillet et d�but ao�t 2003 a r�v�l� que 88 % d'entre eux violaient l'une
ou l'autre des lois r�gissant la circulation du m�dicament aux Etats-Unis.
"Nombre de ces m�dicaments posaient clairement des probl�mes de s�curit�",
dit le communiqu� des douanes : certains �taient tout simplement interdits,
d'autres avaient une notice r�dig�e dans une autre langue que l'anglais,
sans parler des dosages manquants. Parfois, le conditionnement �tait
d�fectueux, voire absent (de simples cachets dans une enveloppe),
quelques-uns �taient retir�s du march� am�ricain depuis longtemps (1977,
pour certaines produits), sans parler des substances v�t�rinaires recycl�es
en produits dopants illicites.

Tout aussi int�ressant �tait l'origine des envois : 15,8 % des m�dicaments
venaient du Canada, 14,3 % arrivaient d'Inde, 13,8 % provenaient de
Tha�lande et 8 % des Philippines. Le reste se partageait entre une
multitude de pays.

La circulation ill�gale ou frauduleuse du m�dicament est aujourd'hui un
ph�nom�ne qui touche tous les pays et qui mobilise l'int�r�t croissant des
autorit�s (douanes, police...) comme des organisations internationales
(Organisation mondiale du commerce, Organisation mondiale de la sant�).

Toutefois, selon que l'on habite au Nord ou au Sud de la plan�te, les
probl�mes sont diff�rents. Aux Etats-Unis comme en Europe, m�me "illicite",
une part importante de la circulation des produits pharmaceutiques est
organis�e de mani�re, pour les distributeurs, � profiter des diff�rences de
prix d'un pays � l'autre. Ainsi, la pilule achet�e moins cher � Madrid et
revendue plus cher � Londres par un grossiste est g�n�ralement authentique
et n'a pas �t� fabriqu�e dans une arri�re-boutique de Canton ou d'Islamabad.

En Europe, mardi 6 janvier, un arr�t de la Cour de justice vient de donner
un fondement juridique aux entraves que Bayer, Glaxo, Pfizer, Aventis... et
autres grands laboratoires pourraient faire � de tels mouvements de
m�dicaments. De leur c�t�, les groupes am�ricains comme Merck ou Pfizer
s'inqui�tent de voir revenir aux Etats-Unis, via le Canada, des produits
qu'ils sont contraints de vendre dans ce dernier Etat � des prix de 30 % �
40 % moins chers.

Ces pratiques d'importations parall�les Nord-Nord ne doivent toutefois pas
se confondre avec un autre trafic, Nord-Sud et Sud-Sud, bien plus lucratif
et meurtrier : celui de la contrefa�on m�dicamenteuse. L'OMS a inscrit le
trafic de m�dicaments "d�fectueux" ou contrefaits en t�te de ses
pr�occupations.

Les chiffres sont impressionnants : l'OMS, citant la FDA, estime que les
produits dont le conditionnement est contrefait, inad�quat, ou dont la
substance active est mal dos�e, insuffisante voire absente, repr�sentent 10
% du march� total des m�dicaments, soit 32 milliards de dollars (25,15
milliards d'euros). La Chine passe pour l'un des principaux pays producteurs
et exportateurs de malfa�ons. Sous la pression des gouvernements
occidentaux, P�kin a ferm�, en 2002, 1 300 ateliers ill�gaux et d�truit
des produits d'une valeur marchande de 45 millions d'euros. Mais le
ph�nom�ne est loin d'�tre enray�, et d'autres pays, comme la Tha�lande et le
Pakistan, sont pr�ts � prendre le relais.

Une �tude men�e par l'OMS sur 20 pays entre janvier 1999 et octobre 2000 a
r�v�l� que 60 % des m�dicaments contrefaits avaient �t� trouv�s dans les
pays pauvres et 40 % dans les pays industrialis�s. Dans les pays riches, le
trafic de substances m�dicamenteuses touche au mode de vie et porte
majoritairement sur des anabolisants pour sportifs ou culturistes, sur des
hormones, sur des produits dopants (st�ro�des) ou destin�s � lutter contre
les allergies.

En 2002, GlaxoSmithKline a d�couvert aux Etats-Unis, dans des bouteilles
ayant contenu du Ziagen, 60 comprim�s de Combivir ; or cette provocation
d'interf�rences entre deux produits antisida normalement s�par�s peut avoir
des effets mortels pour le malade qui ing�re d'autres m�dicaments.

En France, "aucune saisie de contrefa�ons de m�dicaments n'a �t� r�alis�e
depuis 1998", indique un porte-parole des douanes. Mais le m�me ajoute que
"sur les neuf premiers mois de l'ann�e 2003, (...) un total de 37 190
produits se pr�sentant sous diverses formes (ampoules, comprim�s, seringues
auto-injectables, poudre, etc.)" ont �t� saisis.

Mais la substance la plus trafiqu�e - dans tous les sens du terme - au monde
est le Viagra, pilule miracle contre les troubles de l'�rection. Le
laboratoire am�ricain Pfizer qui le produit se garde bien d'effrayer la
communaut� financi�re avec une quelconque estimation du trafic et par
cons�quent de son manque � gagner. Il affirme toutefois "collaborer avec les
autorit�s de tous les pays du monde" pour le juguler.

Au Sud, le trafic a pris des proportions alarmantes. Un m�dicament sur
quatre serait contrefait ou d�fectueux affirme l'OMS. Une �tude sur les
produits antimalaria men�e en 2001 en Asie a r�v�l� que sur 104 m�dicaments
en circulation, 38 ne contenaient aucune substance active et n'avaient donc
aucun effet. La contrebande de m�dicaments vrais ou faux est d'autant plus
importante que les autorit�s sanitaires et douani�res des pays concern�s
sont faibles et manquent de moyens.

Mais ces statistiques dissimulent parfois des cadavres. En 1995, au Niger,
pres de 50 000 personnes victimes de m�ningite ont �t� soign�es avec de
faux vaccins, 2 500 en sont mortes. Sur le million de personnes qui meurent
chaque ann�e de la malaria, 200 000 pourraient �tre sauv�es si de vrais
m�dicaments �taient distribu�s � la place des contrefa�ons. Une �tude
r�cente de la revue The Lancet concluait que 40 % des produits d�riv�s de
l'artusenate (antimalaria) en circulation dans le monde ne contenaient
aucune substance active.

Yves Mamou

� ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 08.01.04

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