[e-med] La CEDEAO veut appliquer le tarif extérieur en juin prochain

[actuellement les médicaments ne sont pas taxés dans l'UEMOA, une menace à
l'horizon ?CB]

La CEDEAO veut appliquer le tarif extérieur en juin prochain
http://www.lesafriques.com/droit-africain/la-cedeao-veut-appliquer-le-tarif-
exterieur-en-juin-pro.html?Itemid=225?articleid=4437
22-03-2008
L’urgence de conclure un accord avec l’Union européenne a remis sur la table
le tarif extérieur commun de la CEDEAO. Nouvelle et ambitieuse échéance, le
30 juin prochain.

Par Chérif Elvalide Sèye, Dakar

Faute de compétitivité, toutes les productions de la région disparaîtraient
face aux produits européens, entrant aux termes de l’APE sans droits de
douane dans la région.

C’est en Mauritanie, pays qui a quitté la Communauté économique des Etats de
l’Afrique de l’Ouest en 1999, que, paradoxalement, aura peut-être été donnée
l’impulsion décisive pour la mise en place du tarif extérieur commun et de
l’union douanière, qui devraient désormais régir les échanges commerciaux
entre les quinze pays membres et avec l’extérieur.
La Mauritanie y est en quelque sorte réintégrée dans le cadre des
négociations avec l’Union européenne pour la mise en place des Accords de
partenariat économique (APE), qui ont défrayé la chronique économique de la
région en fin 2007.

Secteurs essentiels
Pour conduire les négociations, il a été mis en place un
comité ministériel de suivi des négociations de l’APE entre l’Afrique de
l’Ouest et l’Union européenne. La réunion extraordinaire de Nouakchott
devait donc préciser les exigences de la région, jusque-là vaguement
énoncées à travers la nécessité d’un « accord global, complet et porteur de
développement ainsi que le principe d’un accord régional qui englobe tous
les pays de la région. » Il s’agit, en fait, de permettre à la région de
tirer parti du partenariat avec l’Union européenne sans entraîner sa ruine
économique. Les secteurs de production concernés sont l’agriculture,
l’élevage, la pêche, la foresterie, l’industrie et l’artisanat. Ils
constituent les principaux leviers de développement socio – économique de la
région. Ils contribuent à plus de 70% à la création de richesse, constituent
la principale source de revenus et de création d’emplois et occupent près de
80% de la population active de la région.

Compétitivité
Des axes d’amélioration de la compétitivité de ces secteurs ont été définis
: restructuration et mise à niveau, élargissement des bases de production et
amélioration de la productivité, renforcement des capacités du secteur privé
et de la société civile, assainissement de l’environnement des affaires,
amélioration et renforcement de la qualité et des capacités de
l’intermédiation financière, amélioration et renforcement des
infrastructures régionales de base. Faute de quoi toutes les productions de
la région disparaîtraient face aux produits européens, entrant aux termes de
l’APE sans droits de douane dans la région.

Le second volet concerne le financement des pertes de recettes fiscales.
Paradoxalement, alors que les négociations étaient censées se terminer en
décembre 2007, c’est maintenant que la région va chiffrer avec précision les
besoins qu’elle entend soumettre à l’UE.

D’ores et déjà, des divergences sont apparues. L’UE entend s’en tenir au
Fonds européen de développement pour financer ces besoins, alors que la
région entend mettre en place un Fonds régional spécial APE. L’UE n’entend
pas non plus prendre en charge la totalité des pertes de recettes douanières
découlant de la libéralisation alors que l’Afrique de l’Ouest exige la
résorption totale de l’impact.

TEC
Ces divergences ne devraient toutefois pas constituer une difficulté
insurmontable. Si ce n’est qu’une question de montant, les deux parties
finiront par trouver un terrain d’entente. En revanche, le lien établi entre
le tarif extérieur commun (TEC) et l’APE ajoute beaucoup aux difficultés,
malgré la énième résolution qui, cette fois, « réaffirme l’urgence de
parachever les travaux sur le TEC, en vue de sa mise en place au plus tard
le 30 juin prochain. »

Le TEC de la CEDEAO devait entrer en vigueur seize ans après la création de
l’organisation, en 1991. De report en report, la dernière échéance était fin
2007. Rendez-vous encore manqué. La région a pourtant déjà un TEC depuis
2000, qui constitue à la fois une chance et une difficulté supplémentaire.
La CEDEAO a décidé d’exploiter les acquis du TEC de l’UEMOA mais entend le
modifier substantiellement pour tenir compte des exigences, du Nigeria
surtout. Le TEC de l’UEMOA comprend quatre positions tarifaires : 0%, 5%,
10%, 20%. Le Nigeria, qui dispose d’une industrie pharmaceutique, veut la
protéger. Il sera difficile aux pays de l’UEMOA d’accepter de taxer les
médicaments, produit social s’il en est. Les agriculteurs de la région se
mobilisent également pour une meilleure protection alors que les
importations de riz sont déjà taxées à 10% dans l’UEMOA.

Enjeux Le TEC de la CEDEAO va s’appliquer à 90% des importations de la
région puisque 10% seulement des importations proviennent d’autres pays
membres. En 2004, ces importations représentaient environ 16,5 milliards de
dollars. Les enjeux sont donc conséquents.

La volonté politique sera-t-elle à cette mesure ? La plupart des pays de la
CEDEAO non membres de l’UEMOA ont déjà intégré le TEC dans leur législation
nationale. Un bon signe, mais l’échéance semble bien courte. La mise en
place du TEC comporte un autre enjeu, celui de régler le problème du paraphe
du Ghana et de la Côte d’Ivoire. La signature de l’APE le rendra caduc. Tous
les pays de la CEDEAO, ont convenu les ministres, devront être logés à la
même enseigne. C’est pourquoi, du reste, l’UEMOA et la CEDEAO vont
accompagner les discussions entre ces deux pays et l’UE.