[e-med] Le rôle des lubrifiants dans la prévention des infections au VIH

Le rôle des lubrifiants dans la prévention des infections au VIH

KATHMANDOU, 26 février (IRIN) - Les messages prônant des pratiques sexuelles
plus sûres apparaissent désormais sur les emballages des préservatifs du
monde entier. Les activistes de la santé estiment toutefois que la faible
disponibilité des lubrifiants et leur méconnaissance entravent aujourd'hui
la prévention du VIH.

Certains lubrifiants permettraient en effet de diminuer le risque de
transmission du VIH en réduisant les risques de rupture du préservatif.

Malgré des informations préliminaires permettant de présumer de leur
efficacité, les lubrifiants ne sont pas produits et distribués aussi
largement que les préservatifs. Dans ce contexte, certaines personnes
choisissent d'utiliser d'autres substances, parfois dommageables - comme le
beurre ou la gelée de pétrole -, pour faciliter les rapports sexuels. Or,
les lubrifiants à base d'huile dégradent le latex et augmentent le risque de
rupture du préservatif.

Les activistes estiment par ailleurs qu'il existe des lacunes importantes
dans la recherche sur l'intégration des lubrifiants dans les programmes de
prévention du VIH et qu'on connaît mal leur impact sur le risque de
transmission du VIH. [
https://www.surveymonkey.com/s/CalltoActionLubeSafety ]

Disponibilité

Dans une étude réalisée en 2012 par le Forum mondial sur les MSM et le VIH
(MSMGF), une coalition basée aux États-Unis qui s'intéresse aux besoins des
hommes ayant des rapports avec d'autres hommes (men who have sex with men,
MSM), un quart seulement des 5 000 personnes interrogées, originaires de 165
pays, ont rapporté avoir facilement accès à des lubrifiants gratuits.
Vingt-cinq pour cent des répondants ont dit qu'il leur était impossible de
s'en procurer gratuitement et moins de 10 pour cent des personnes
interrogées vivant dans des pays à faible revenu ont rapporté y avoir
facilement accès. [ http://www.msmgf.org/files/msmgf/documents/GMHR_2012.pdf
]

Si les préservatifs font partie intégrante des programmes de planification
familiale et de prévention du VIH depuis plusieurs dizaines d'années, ce
n'est que récemment que les bailleurs de fonds ont intégré la distribution
de lubrifiant personnel dans leurs priorités. Le gouvernement américain a
commencé à distribuer des préservatifs par l'intermédiaire de ses missions
humanitaires et diplomatiques dans les années 1970, mais ce n'est qu'en 2008
que son bras humanitaire, l'Agence américaine pour le développement
international (USAID), a commencé à fournir du lubrifiant.

« Il faut absolument aider à établir et à maintenir des chaînes
d'approvisionnement et des systèmes de distribution, ainsi que soutenir les
efforts visant à développer et à prévoir adéquatement la demande [de
lubrifiant] là où les systèmes de santé sont moins développés », a expliqué
un représentant du Plan d'urgence du président américain pour la lutte
contre le sida (PEPFAR).

Le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) a reconnu l'importance
de la combinaison lubrifiant-préservatif, en particulier pour les rapports
anaux. L'organisation a décidé, en 2012, d'inclure des lubrifiants à base
d'eau dans la liste des produits disponibles pour les clients
gouvernementaux et non gouvernementaux dans les pays à faible et moyen
revenu. [http://www.unfpa.org/public/home/procurement/AccessRH ]

À l'extérieur des milieux de soins communautaires toutefois, la demande
réelle de lubrifiant demeure mal comprise.

Au Burundi, des chercheurs ont découvert que les fournisseurs de soins de
santé n'en offraient pas toujours aux patients parce qu'ils considèrent que
les lubrifiants « encouragent les comportements homosexuels », qui sont
fortement stigmatisés. Si les établissements de santé formels refusent de
distribuer du lubrifiant à ceux qui en demandent, les organisations non
gouvernementales (ONG) pourraient devenir les seuls fournisseurs. [
http://www.rectalmicrobicides.org/docs/GLAM_Tookit_Version1.0_FINAL.pdf ]

« Les populations qui ont le plus souvent besoin de lubrifiant - les MSM et
les travailleuses du sexe - sont souvent soignées par les ONG locales, qui,
dans la plupart des cas, ne sont pas incluses dans les politiques [de
prévention du VIH/sida] ou les programmes de santé plus larges », a expliqué
Bidia Deperthes, conseillère principale sur le VIH auprès de la division des
programmes de distribution de préservatifs (Comprehensive Condom Programming
Division) de l'UNFPA à New York.

Puisque ces ONG sont souvent absentes des réunions avec les bailleurs de
fonds, la demande de lubrifiant peut sembler faible.

L'UNFPA, l'un des principaux acheteurs et distributeurs de contraceptifs
dans le monde, a consacré plus de 18 pour cent de son budget 2011 à l'achat
de préservatifs masculins, contre moins de 0,5 pour cent à celui de
lubrifiant. L'organisation évoque le manque de compréhension des bailleurs
de fonds et des décideurs de la demande réelle de lubrifiant comme l'une des
raisons permettant d'expliquer cet écart. [
http://www.unfpa.org/webdav/site/global/shared/procurement/02_about/01_stati
stics/procurement-statistics2011.pdf ]

Solutions de remplacement

« Avant que les travailleurs de proximité ne commencent à offrir du
lubrifiant, j'utilisais du beurre », a dit Lucky, une travailleuse du sexe
transgenre de Katmandou, au Népal. Elle a ajouté qu'elle employait encore
parfois d'autres produits lorsque les ONG n'avaient pas suffisamment
d'argent pour financer la distribution gratuite de lubrifiant.

« Les préservatifs se déchirent parfois, mais au moins ça ne fait pas aussi
mal », a-t-elle dit.

Les lubrifiants à base de silicone ou d'eau sont « compatibles avec les
préservatifs » et ne dégradent pas le latex. Les autres types de
lubrifiants, incluant les produits commerciaux à base de pétrole comme la
Vaseline, peuvent endommager les préservatifs et exposer les utilisateurs au
VIH ou à d'autres maladies sexuellement transmissibles (MST).

L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a publié une liste de substances
couramment utilisées pour remplacer les lubrifiants et qui peuvent augmenter
le risque de rupture du préservatif.
[http://apps.who.int/iris/bitstream/10665/76580/1/WHO_RHR_12.33_eng.pdf ]

D'après une étude réalisée en 2009 par International Rectal Microbicide
Advocates (IRMA), en Afrique, la plupart des MSM n'utilisent pas de
lubrifiant compatible avec les préservatifs, une tendance qui est également
observée dans d'autres régions fortement touchées par le VIH. [
http://www.rectalmicrobicides.org/docs/Chris%20Beyrer%20MSM%20Africa%20micro
bicides.pdf ]

Les microbicides se présentent sous forme de crème, de gel, de douche ou de
lavement et peuvent contribuer à réduire le risque de contracter une
infection au VIH par le vagin ou le rectum. Des études médicales ont
démontré que les microbicides rectaux pouvaient offrir une certaine
protection en l'absence de préservatif et une protection supplémentaire en
cas de rupture ou de glissement du préservatif pendant les rapports sexuels
anaux. [
http://www.plusnews.org/Report/92067/HIV-AIDS-Microbicide-gel-could-stop-spr
ead-of-HIV-during-anal-sex ]

Distribution et accès

La Fondation américaine pour la recherche sur le sida et l'École de santé
publique John Hopkins, basée aux États-Unis, ont identifié le manque de
disponibilité et le coût des lubrifiants à base d'eau comme des obstacles
importants à l'accès dans plusieurs pays, y compris la Guyane, l'Ukraine et
la Chine. [
http://www.amfar.org/uploadedFiles/_amfar.org/In_The_Community/Publications/
MSM-GlobalRept2012.pdf ]

Les lubrifiants appartiennent à différentes catégories commerciales selon
les pays : ils peuvent être considérés, entre autres, comme des produits
médicaux ou cosmétiques. La fabrication, l'importation et l'exportation de
lubrifiants peuvent dès lors être retardées en raison d'obstacles légaux et
bureaucratiques, et les produits peuvent mettre un certain temps à se
retrouver entre les mains des utilisateurs. [
http://www.rectalmicrobicides.org/docs/Lube%20safety%20Q&A%20FINAL%20Oct%201
3.pdf ]

Des études ont découvert que, même en supposant un prix élevé de production
et de distribution, les trousses de prévention incluant un préservatif et un
tube de lubrifiant « compatible avec les préservatifs » n'auraient
représenté qu'environ un pour cent du budget mondial VIH/sida pour 2011 (134
millions de dollars). [ http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22819663 ]

Appel en faveur de recherches plus approfondies

Les scientifiques ont remarqué que, même dans les endroits où les
lubrifiants sont facilement accessibles et largement employés, les
recherches exhaustives
[http://www.msmgf.org/index.cfm/id/11/aid/6282/lang/fr ]sur leur sécurité
d'utilisation sont rares.

Selon une enquête mondiale réalisée en 2007, [
http://www.rectalmicrobicides.org/docs/IRMAColorFinalWeb.pdf ] plus de 100
types de lubrifiants [
http://irma-rectalmicrobicides.blogspot.ca/2012/12/chemical-engineering-news
-studies-raise.html ] sont utilisés dans le monde entier. Dans un document,
l'OMS explique
[http://apps.who.int/iris/bitstream/10665/76580/1/WHO_RHR_12.33_eng.pdf ]
pourquoi il est préférable d'utiliser différentes sortes de lubrifiants pour
les rapports vaginaux et anaux.

« Ce qui est le plus important pour l'instant toutefois, c'est de vérifier
la sécurité des lubrifiants sexuels qui sont déjà sur le marché », a dit Jim
Pickett, président d'IRMA.

Pour les experts, il est décevant de constater le manque de recherches sur
le sujet trente ans après le début de l'épidémie de sida. Ils appellent à
davantage de recherches sur les lubrifiants afin de combler les lacunes. [
http://irma-rectalmicrobicides.blogspot.ca/2013/02/irma-issues-global-call-t
o-action-we.html ]

kk/pt/cb-gd/amz

[FIN]

Cet article en ligne:
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