[e-med] Maurice : "Faux médicaments" : deux compagnies sous scellés

"Faux médicaments" : deux compagnies sous scellés
http://www.lexpress.mu/display_article.php?news_id=74288

Après un raid au port franc, les autorités, dont la douane, l'Adsu et la
Santé, ont arrêté une Seychelloise et un Sud-Africain. 185 000 comprimés ont
également été saisis.
Deux compagnies opérant dans la zone portuaire mises sous scellés, des
produits psychotropes, soit 185 000 comprimés, dont Xolnox, Tramadol Biotram
et Zolp, saisis, une Seychelloise et un Sud-africain arrêtés puis libérés
sur parole. Tels sont les résultats de l'opération menée, samedi soir, et au
terme de laquelle des médicaments considérés douteux ont été expédiés en
Afrique du Sud pour analyse dans un laboratoire certifié et reconnu
internationalement.

Un reportage de France 5, intitulé "Trafic Mortel - Quand les médicaments
tuent", diffusé par la télévision locale la semaine dernière, mettait le
port franc de Maurice à l'index. Des développements importants sont
intervenus ce week-end, avec un raid d'envergure effectué dans les locaux du
port franc. Les services de la douane, l'Anti- Drug and Smuggling Unit
(Adsu) et le personnel du government pharmacist department du ministère de
la Santé sont intervenus danscette opération.

C'est ce qu'a confirmé hier, à l'express, Bert Cunningham, receveur des
douanes. Il a précisé que "les autorités mauriciennes, notamment la douane,
la Santé, l'Adsu, ont réagi très vite suite au reportage télévisé et à l'article
de presse sur les faux médicaments".

Ces médicaments douteux pourraient apporter une réponse aux craintes
exprimées par certains pharmaciens de Maurice. Ils soupçonnent que du
subutex et autres produits psychotropes qui envahissent le pays depuis plus
d'une année, pourraient entrer par le port franc. Il serait également
possible que certains "faux médicaments" en provenance de l'Inde et destinés
à l'Afrique aient pu être frauduleusement écoulés en petite quantité dans le
circuit commercial mauricien.

Mais un proche du ministère de la Santé se veut rassurant. Il a déclaré à l'express
qu'il existe des relevés de stocks, de même que des échanges d'informations
réguliers, entre les pharmacies et le ministère de la Santé. "Le contrôle
est rigoureux et les pharmacies courent le risque de perdre leur permis d'opération
si elles transgressent les règlements relatifs au Pharmacy Act", dit-il.

Ceux accusés de ce trafic ont affirmé détenir des permis d'opération. Mais
Bert Cunningham est catégorique : "Ils n'ont ni permis d'importation ni
permis d'exportation pour un certain nombre de médicaments." Il a une fois
de plus souhaité que Maurice dispose de plus d'un laboratoire d'analyse pour
vérifier la qualité des médicaments importés et commercialisés sur le marché
local.

Manque de personnel

Un haut responsable du ministère de la Santé a précisé, hier, que "c'est un
vieux projet, mais c'est très coûteux. Il y aussi un autre problème, celui
du personnel qualifié, notamment des chimistes formés qui devront être
rémunérés comme il se doit." A la suite du problème surgi dans le port franc
mauricien, le ministère de la Santé envisage le recrutement de pharmaciens
additionnels qui seront postés au port et à l'aéroport.

Paul Bérenger, leader du Mouvement militant mauricien (MMM), a, lors d'un
point de presse samedi, jugé ce trafic allégué de faux médicaments comme
extrêmement grave pour ce qui est de l'image du port franc. Il a souhaité
une enquête approfondie, avec l'aide d'Interpol.

Le reportage de la télévision française a été réalisé par Michel Koutouzis,
expert auprès de la Commission européenne et des Nations unies en matière de
santé, et par Patrice du Tertre. L'enquête de ces réalisateurs les a
conduits à Mumbai, en Inde, où ils se sont fait passer pour des trafiquants
qui écoulent de faux médicaments sur le marché africain.

A Mumbai, ils ont rencontré des grossistes qui produisent des "copies" de
médicaments en diminuant, ou en ôtant, leurs principes actifs. Ils ont
constaté que passer commande auprès de ces grossistes ne présentait aucune
difficulté. Ils ont aussi visité des usines qui travaillent pour le compte
de multinationales et de filières parallèles, livrant, dans l'indifférence,
de vrais et de faux médicaments. Ce même reportage a permis de mettre au
jour le cheminement secret des paiements qui transitent par Dubayy, passage
obligé, selon ses auteurs, pour tout "financement occulte".

Les deux enquêteurs ont fait escale à Maurice. Ils disent qu'ils ont
constaté que les faux médicaments en provenance de l'Inde arrivent au port
franc en vrac avant d'être empaquetés. Puis, dit la journaliste Anne Laure
Fournier qui présentait l'émission 52 minutes, ils sont expédiés vers
Zanzibar.

Bernard SAMINADEN