[e-med] Vers un nouveau Cyclamed

Les Nouvelles pharmacetiques 25 janvier 2007 n°332

EDITO

Vers un nouveau Cyclamed

Le projet de loi « paquet médicament », adopté par les députés en première
lecture (1), confirme le maintien en officine et dans les PUI de la collecte
des médicaments non utilisés, mais prévoit de mettre fin, dans 18 mois, à
leur réemploi à des fins humanitaires (voir page 3).
L’Ordre et la plupart des organisations non gouvernementales confrontées aux
effets négatifs de ces dons dans les pays du tiers-monde ne peuvent que se
réjouir de cette décision, recommandée depuis de nombreuses années par
l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et la Fédération internationale
pharmaceutique (FIP).
Il fallait mettre fin à ces dons de médicaments le plus souvent inadaptés ou
inutilisables, notamment en cas d’urgence sanitaire.
Vous avez sans doute encore en mémoire ces tonnes de médicaments
inappropriés aux besoins, étiquetés dans une langue inconnue des
destinataires, qu’avaient reçus les Indonésiens après le tsunami, au début
de 2005.
Couramment « recyclés » sur le marché local, « prescrits » par des
colporteurs dans les pays d’Afrique, ces « délestages » portent préjudice à
des systèmes de soins en fragile construction.
Il est, en outre, bien peu digne de proposer « nos restes » à nos semblables
qui ont besoin de médicaments. Oserions-nous offrir aux pauvres nos fins
d’assiettes de restaurant, ou nos vieux reliquats de garde-manger ?
De meilleures solutions existent. Des sources d’approvisionnement en
médicaments neufs, sécurisées et économiques, sont à la disposition de
structures de soins reconnues capables d’intervenir dans les pays du
tiers-monde.
Pour les urgences, il convient d’utiliser des « kits de 1ère urgence », dont
les contenus ont été définis, comme ceux de l’association Tulipe soutenue
par les Entreprises du médicament.
Pour l’aide au développement, il faudra être exigeant à l’égard des circuits
d’approvisionnement et de distribution de médicaments, notamment ne pas
méconnaître les risques de détournement ou de volonté d’hégémonie politique,
idéologique ou religieuse de certaines fondations.
En pratique, dans l’exercice de notre métier ici, en France, nous devrons
reconstruire un nouveau « service Cyclamed » dont le seul objectif sera
d’éviter le risque d’un devenir incontrôlé, en bout de chaîne, de produits
dont le danger ne doit pas être sous-estimé. L’Ordre y prendra sa part.

Jean Parrot
(1) Le projet de loi sera étudié par le Sénat les 24 et 25 janvier 2007