[e-med] La France veut aider les pays en voie de développement à produire leurs propres génériques

jeudi 7 octobre 2004, 8h04

La France veut aider les pays en voie de développement à produire leurs
propres génériques

BRASILIA (AFP) - Le ministre français de la Santé, Philippe Douste-Blazy, a
annoncé mercredi à Brasilia l'intention de la France d'accélérer la
transposition en droit français de l'accord signé le 30 août 2003 par tous
les pays de l'OMC, afin d'aider les pays en voie de développement à produire
leurs propres génériques.
M. Douste-Blazy a fait cette annonce lors d'une rencontre avec le président
brésilien Ruiz Inacio Lula da Silva. "La transposition dans le droit
français se fera dès le 1er semestre 2005", sans attendre la décision de
Bruxelles, a-t-il précisé.
Parmi les pays développés, seuls le Canada et la Norvège ont déjà transposé
cet accord dans leur droit, a affirmé M. Douste-Blazy, ajoutant que la
France devenait ainsi le premier pays de l'Union européenne à "montrer
l'exemple".

L'accord de l'OMC autorise un pays qui a besoin d'un médicament et qui n'en
dispose pas à demander une licence obligatoire au pays détenteur du produit,
et d'utiliser cette licence pour produire lui-même le médicament, ou le
faire produire dans un pays tiers après appel d'offre.

"Aujourd'hui, pour faire des médicaments, il faut acheter des brevets. Grâce
à l'accord une fois transposé dans notre droit, les brevets français de
certains médicaments indispensables seront gratuits", a expliqué M.
Douste-Blazy à la presse. "Les génériques seront donc beaucoup moins chers à
produire", a-t-il ajouté.

Par exemple, les antirétroviraux (contre le sida) coûtent entre 10.000 et
12.000 dollars par an et par personne. Leurs génériques reviennent entre 200
et 300 dollars par an et par personne.

A l'issue de l'entretien qu'il a eu avec M. Douste-Blazy, le président
brésilien a déclaré à la presse que "tous les accords possibles doivent être
établis pour aider les pays les plus pauvres". Ces accords sont, pour lui,
"un moyen concret de changer de méthodes dans l'aide internationale aux pays
pauvres, et d'en finir avec la charité".

Pour M. Douste-Blazy, la décision française sur ces brevets permettra au
Brésil, qui compte environ 600.000 séropositifs, de répondre à de graves
problèmes de santé publique, mais aussi de décoller économiquement en
développant son industrie.

Lors d'un autre entretien mercredi en fin d'après-midi avec le ministre
brésilien de la Santé, Humberto Costa, M. Douste-Blazy a expliqué que
l'industrie pharmaceutique françaises était "totalement prête à jouer le jeu
pour aider les pays en voie de développement via le Brésil".

"Mais il ne faut pas que les génériques produits au Sud puissent revenir au
Nord par des marchés parallèles qui viendraient tuer notre industrie
pharmaceutique. On ne peut pas, d'une part, laisser les pays du Sud sans
médicaments et d'autre part, obliger les industries du Nord à se saborder",
a-t-il dit, plaidant pour une stricte traçabilité des génériques produits
par les pays du Sud.

Bonjour,

Le discours exalté de M. Douste-Blazy au Brésil appelle plusieurs commentaires.

D'abord, il est bon que les pays industrialisés comme la France acceptent de jouer le jeu de l'accord du 30 août 2003 et se préparent à participer à l'offre de génériques vers les pays qui n'ont pas d'industrie pharmaceutique locale et souhaitent importer des génériques sous licence obligatoire. Mais c'est surtout de l'Inde ou de la Chine que l'on attend ces génériques dans le futur, pour des simples raisons de coût de production et donc de prix. Et on attend aussi beaucoup de la France qu'elle persuade ses partenaires européens de ne pas ajouter de conditions limitatives à l'accord du 30 août 2003.

Ce qui est le plus étonnant dans le discours du ministre (outre le fait que les brevets ne "s'achètent" pas, et que dans tous les cas il y aura des royalties à payer), est d'avoir pris le Brésil comme exemple et de faire croire que les malades du sida de ce pays attendent des génériques d'antirétroviraux français.

Tout le monde sait pourtant que le Brésil produit depuis plus de 5 ans des antirétroviraux génériques - et qu'aucune firme pharmaceutique française ne produit d'antirétroviraux, génériques ou pas. Quant au retour des génériques brésiliens ou autres vers les pays du nord, M. Douste-Blazy doit confondre sans doute avec les médicaments de marque vendus à prix différencié dans les pays du sud.

Une chose est certaine : la marque "Lulla" est très tendance.

Pierre Chirac
MSF