[e-med] La visite médicale trompe toujours énormément

Sur le site de la revue Prescrire
http://www.prescrire.org/aLaUne/dossierVisiteMedicale2005.php

2004 : la visite médicale trompe toujours énormément
      
Le Réseau d'observation de la visite médicale de la revue Prescrire
fonctionne depuis 14 ans et ses bilans annuels font apparaître une
remarquable constance dans les méthodes employées par les visiteurs médicaux.

Les outils changent : moins de visiteurs-maison et plus de prestataires
multicartes, plus d'informatique, une orientation vers les "gros
prescripteurs" (1,2,3). Mais les grands principes demeurent : mettre en
avant les bénéfices apportés par un médicament, et occulter les risques.

L'année des fausses nouveautés

En 2003, la grande majorité des visites observées par le Réseau avait
concerné d'anciens médicaments, des isomères, des métabolites, des
associations, des compléments de gammes et quelques "me too" (4). En 2004,
la tendance s'est confirmée, signe d'une innovation vraiment en panne. Les
médicaments présentés aux observateurs du Réseau ont été le plus souvent
des "me too", appartenant à des familles de médicaments déjà très fournies
: par exemple almotriptan (Almogran°), dustastéride (Avodart°), manidipine
(Iperten°), nébivolol (Temerit°), rosuvastatine (Crestor°), valdécoxib
(Bextra°, finalement non commercialisé en France après ce prélancement
(5)), zofénopril (Zofenil°), etc. D'autres visites ont concerné des copies
sous des noms de fantaisie, tel Divarius° à base de paroxétine, et des
compléments de gammes tel Vastarel° 35 mg à base de trimétazidine.
Au total, si 50 % des visites observées ont porté sur des spécialités
nouvelles, il s'est agi de "fausses nouveautés".

Documents remis : quasiment rien de fiable

Selon la "Charte de la visite médicale" signée fin 2004 par le Comité
économique des produits de santé et les représentants de l'industrie
pharmaceutique, le visiteur médical doit obligatoirement remettre au
médecin l'avis de la Commission de la transparence relatif au médicament
présenté (6). Il s'agit en fait d'une obligation légale déjà ancienne :
article R.5122-11 du Code de la santé publique.
En pratique, en 2004, lors des visites observées par le Réseau, l'avis de
la Commission de la transparence a été remis dans 5 % des cas. C'est un peu
mieux qu'en 2003, mais édifiant tout de même.
Toujours selon la "Charte de la visite médicale" : " le délégué médical n'a
pas à proposer au médecin de cadeaux en nature ou en espèces, ni à répondre
à d'éventuelles sollicitations dans ce domaine émanant du professionnel de
santé. Cette interdiction vise également les cadeaux ne faisant pas l'objet
d'une convention : don de petits matériels et mobilier de bureau, remise de
bons d'achat divers (chèque voyage, chèque cadeau, etc.) " (6).
Là encore, il faudra des changements radicaux si les firmes pharmaceutiques
veulent se mettre en conformité avec la Charte : toutes sortes de cadeaux
ont été proposés aux observateurs du Réseau en 2004. Cela va du petit
matériel de bureau au dîner en ville avec le "spécialiste", en passant par
les "études post AMM", qui servent surtout à soutenir les ventes (lire par
exemple n° 254 - p. 660 ; n° 255 - p. 747 ; n° 256 - p. 824). Et les choses
n'ont pas l'air de changer beaucoup en 2005, si on en juge par exemple par
les formations dominicales proposées sur l'ézétimibe (Ezetrol° - MSD Chibret).

Bénéfices élargis et risques le plus souvent occultés

En 2004, les indications des médicaments présentés aux membres du Réseau ne
correspondaient pas à celles du RCP dans 35 % des cas, le visiteur allant
toujours dans le sens d'un élargissement des indications, et inventant dans
9 % des cas des indications totalement différentes. Les posologies
recommandées étaient revues à la hausse dans 15 % des cas.
Les visiteurs ont été très discrets sur les risques. Les contre-indications
n'ont été annoncées que dans 8 % des cas et partiellement dans 15 % des
cas. Les pourcentages sont respectivement de 9 % et 13 % pour les
précautions d'emploi, de 6 % et 15 % pour les interactions médicamenteuses,
de 13 % et 17 % pour les effets indésirables. Ainsi, malgré les "affaires"
de pharmacovigilance qui ont agité l'année 2004, la présentation par les
firmes des risques liés à leurs médicaments ne s'est guère améliorée : on
retrouve sensiblement les mêmes pourcentages depuis 14 ans (7,8).

Ambiance : une concurrence toujours aussi âpre

Selon la "Charte de la visite médicale", les relations entre firmes
concurrentes devraient être un long fleuve tranquille (6).
Sur le terrain, en 2004 comme l'année précédente, les membres du Réseau ont
pourtant observé une agressivité montante des visiteurs vis-à-vis des
firmes concurrentes. Parmi les combats les plus épiques, on retiendra ceux
qui se sont déroulés dans le domaine des sartans, ou autour de la
cétirizine, dont le brevet arrivait à échéance (lire n° 255 p. 747).
Rappelons aussi les pratiques peu glorieuses dans le domaine des coxibs
quand l'un d'entre eux, le rofécoxib (ex-Vioxx°) a été retiré du marché
(lire page 192 et page III de couverture).
Rendez-vous dans un an pour examiner l'effet (ou le non-effet) de la charte.

Le Réseau d'observation de la visite médicale
©La revue Prescrire 1er mars 2005
Rev Prescrire 2005 ; 25 (259) : 191.