La Revue Prescrire
Article en 1
Médicaments : cinq publicités sanctionnées
Les motifs vont de la mise en danger des patients à la promotion hors
indications par les firmes. « Mettre en danger le patient », « induire en
erreur » le médecin : les firmes pharmaceutiques semblent modérément
dissuadées de tels comportements par le "contrôle" des publicités.
http://www.prescrire.org/aLaUne/dossierPubsInterdites.php
Certains motifs détaillés de ces interdictions méritent attention.
Airomir Autohaler° (salbutamol),
mise en danger des patients
« (…) les aides de visite mettent en exergue en premières pages de
couverture l'allégation "La plupart des asthmatiques sont attachés à leur
salbutamol parce que [...] quel que soit le nombre de bouffées nécessaires,
le salbutamol finit par les soulager." ; (…) cette présentation propose
ainsi un schéma d'administration qui, d'une part, n'est pas conforme à
l'autorisation de mise sur le marché d'Airomir Autohaler et, d'autre part,
est susceptible de mettre en danger le patient en retardant sa prise en
charge en cas d'état de mal asthmatique, ce qui ne favorise pas le bon usage
de cette spécialité (…) » (1).
Cartéol° LP (cartéolol),
effets indésirables centraux minimisés
« (…) l'aide de visite met en avant le caractère "hydrophile" du produit
sous le titre "tolérance systémique" avec la revendication d'un "moindre
passage au niveau du système nerveux central (SNC)" avec pour conséquence
"une diminution attendue du risque d'effets centraux indésirables" ; (…) les
effets indésirables centraux sont des effets indésirables validés par
l'Autorisation de mise sur le marché de Carteol LP et (…) ainsi cette
présentation n'est pas en accord avec les dispositions de l'autorisation de
mise sur le marché du produit (...) » (2).
Droleptan° 2,5 mg/ml (dropéridol),
effets indésirables cardiaques minimisés
« (…) l'élément léger d'information médicale (...) indique dans un chapitre
consacré à la tolérance : "Pas de différence significative de prolongation
de l'intervalle QTc entre de faibles doses de dropéridol (0,625 mg - 1,25
mg) et du placebo" référencée par l'étude de White et al. (…). cette
présentation de résultats non significatifs versus placebo, qui tend ainsi à
minimiser la tolérance cardiaque, n'est pas un reflet objectif de la
tolérance cardiaque telle que validée par l'autorisation de mise sur le
marché qui précise notamment dans la rubrique Mises en garde : "Troubles du
rythme cardiaque : Le dropéridol prolonge de façon dose-dépendante
l'intervalle QT" et dans la rubrique Effets indésirables : "Des cas
d'allongement de l'intervalle QT, de troubles du rythme ventriculaire,
notamment à type de torsades de pointes, et des cas de mort subite ont été
rarement rapportés lors de l'administration parentérale de dropéridol. Ces
effets indésirables surviennent essentiellement chez les patients traités
par des doses importantes de dropéridol ou chez des patients présentant des
facteurs prédisposants de troubles du rythme ventriculaire". Aussi,
l'utilisation promotionnelle des résultats de l'étude de White P. et al.
n'est-elle pas objective (...) » (3).
Dynexan° (lidocaïne),
promotion hors indications
« (…) le document (…) précise, en page 3, l'allégation "les anesthésiques
locaux à base de lidocaïne à 2 %, sont, en revanche, très utiles, notamment
avant les repas pour permettre aux patients de s'alimenter plus facilement"
et enfin, intitule la dernière page "la réponse anesthésique aux douleurs
buccales" (…) il suggère que Dynexan peut être utilisé dans la prise en
charge de la douleur liée aux mucites induites par chimiothérapie ou
radiothérapie. Or, d'une part, cette communication tend à élargir le champ
de l'indication de Dynexan validée par l'autorisation de mise sur le marché
qui précise "traitement de courte durée de lésions douloureuses de la cavité
buccale" et, d'autre part, aucune étude clinique ne permet de démontrer
l'efficacité de cette spécialité dans cette situation clinique (...) » (4).
Xeomin° (toxine botulique A),
effets indésirables graves niés
« (…) le document met en exergue : "pas de diffusion de la neurotoxine
botulinique de type A induisant une réduction de l'activité musculaire dans
les muscles adjacents" (...) ces présentations tendent à induire en erreur
le destinataire sur une absence de diffusion de la toxine botulinique de
type A et notamment de Xeomin dans les muscles adjacents induisant une
réduction de l'activité musculaire, ce qui n'est pas conforme à l'AMM qui
(...) précise (...) que : "des effets indésirables, liés à la diffusion de
la toxine à distance du site d'administration, ont été rapportés, ayant
parfois conduit au décès associé dans certains cas à une dysphagie, une
pneumonie d'inhalation et / ou chez des patients ayant une faiblesse
généralisée" ainsi que : "l'apparition d'une dysphagie est attribuable à
l'effet pharmacologique de Xeomin à la suite de la diffusion de la
neurotoxine dans la musculature œsophagienne" (...) » (5).
©Prescrire 15 juin 2009
Rev Prescrire 2009 ; 29 (308) : 423.